Article - Visite

 "Des verrières à la fonte toulousaine, épousailles de talents pour un chef d'oeuvre"

par Nicole Latge

 

 

  Nicole a proposé un petit voyage dans le temps (XIIe au XVIe siècle) à la rencontre d'artistes toulousains hors du commun, et a livré en grand secret leurs diaboliques recettes! 

   La gare de départ, c’était rue de la Pomme: dans cette rue, la rue des Imagiers, régnait une activité intense et colorée – on y fabriquait des images.  Le petit voyage, coloré et animé par le seul verbe, établit une comparaison entre les arts mécaniques considérés comme inférieurs et les arts libéraux en pleine expansion dispensés par le clergé au Quartier Latin, près de la vénérable abbatiale Saint-Sernin.

 

  La première escale, c’était la cathédrale Saint-Etienne, le musée des verrières ! Il nous raconte la croyance des fidèles dans un Moyen-Âge en pleine effervescence artistique et où Dieu est au centre de la vie de l’homme. Le discours dans le jardin a pu camper le rideau de scène de la merveilleuse histoire des verriers toulousains afin d’aller à la rencontre de ces artisans-artistes à travers l’histoire du verre, et reconnaître ainsi ces verrières comme des œuvre d’art au même titre qu’un objet précieux. Ainsi, prendre toute la mesure du talent toulousain, du courage et de la pugnacité de nos artisans-artistes en quête de reconnaissance fut l’image à garder de cette escale.

 

  La deuxième escale fut le Griffoul de Saint-Etienne qui a permis d’aller à la rencontre d’artistes dont, leurs talents conjugués ont permis d’accéder, enfin, à une reconnaissance.

 

  La troisième escale, c’était le musée des Augustins où une belle dame – Dame Tholose - aux côtés d’un jeune-homme, beau comme un Dieu … - Mercure – a permis d’assister à des épousailles de talents toulousains : le binôme Jean de Rancy et Claude Pellot ayant donné naissance à un véritable manifeste, supplantant les artistes italiens. Dame Tholose doit sa remarquable longévité aux fondeurs de l’arsenal toulousain ! 

Photos:                 Facebook: A.R.I                  Instagram: ari.photographie


  Et la gare d'arrivée, c'était devant l’hôtel d’Assézat, où un heurtoir du XVIe, fondu à l’arsenal, méritait qu’on aille jusqu’à lui ! Vous qui passez sans me voir, Sans même me dire bonsoir…  Cette dernière escale comme une cerise sur le gâteau aura permis, espérons-le, de voir qu’à l’hôtel d’Assezat, le petit mobilier est tout aussi précieux que la brique et la pierre, et est aussi la signature d’autres talents bien toulousains.

 

 Ce petit voyage dans notre cité, au cœur d'un foyer artistique bouillonnant, a fait découvrir une facette, sans doute insoupçonnée pour nos adhérents, d’œuvres et chefs d’œuvres qui sont le fruit de l’alliance de plusieurs artistes, et nous a conté une page de notre histoire d’homme.

 



Article - Visite:

"A la découverte du quartier Palais de Justice"

par Elia Tasselli-Faurie

 

  Quartier quelque peu en dehors du centre-ville historique de Toulouse, le quartier de Palais de Justice est un espace peu visité. Mirabili’Art, qui jusqu’à lors s’est beaucoup consacrée au centre-ville historique de la ville, décide d’étendre son égide cette année pour vous faire découvrir des lieux plus discrets au sein du patrimoine toulousain. Cette visite découverte du mois de novembre s’inscrivait dans cette idée de dénicher de nouveaux lieux à découvrir ou redécouvrir.

 «Palais de Justice», quartier renommé ainsi d’après sa station de métro, se situe sur la zone de Saint Michel, au sud du centre de la ville, autours du carrefour de l’ancienne porte Narbonnaise. Ce quartier est traversé par les grandes Allées Jules Guesde, autours desquelles sont disséminées quelques monuments remarquables. Il s’agit en réalité d’un rassemblement de monuments hétéroclites mais néanmoins liés, puisque l’on retrouve à la fois des lieux de pouvoir et de savoir, et de ce fait d’art. 

 

  La Fontaine Ariège et Garonne

  Petit bijoux sculpté planté à l’entrée de la bouche de métro, la fontaine Ariège et Garonne est un vestige de l’art qui ornait autrefois le jardin des plantes. L’artiste Alexandre Laporte sculpte en 1896 un magnifique groupe statuaire de 6 mètres de haut représentant une métaphore de l’Ariège se jetant dans la Garonne. Ce sculpteur toulousain s’inscrit pleinement dans le patrimoine de la ville, puisqu’il est à l’origine de sculpture dans la salle des Illustres, une des plus belles salles du Capitole. Cette œuvre d’art est annonciatrice du patrimoine riche qui s’articule dans les alentours. 

 

  L’Eglise paroissiale de Saint Exupère

 A l’origine rattaché au couvent des Carmes installés à Toulouse depuis 1622, cette église au plan simple et à l’architecture sobre dispose d’un décor baroque somptueux en son intérieur. L’architecte de cet édifice n’est autre que Jacques-Pascal Virebent, grand acteur dans l’édification architecturale toulousaine. Au XVIIIe siècle, le couvent des Carmes représente un domaine absolument considérable, comprenant l’église, le Muséum d’histoire naturelle, le théâtre et le jardin des plantes. Mais durant la Révolution française le domaine est morcelé: l’église ne sera rendue au culte qu’en 1806, perdant son nom initial de Saint Joseph, et prenant le nouveau vocable de «Saint Exupère». C’est la première fois qu’un lieu de culte est consacré à ce saint, 5e évêque de Toulouse qui défendra la ville contre les vandales, Saint Exupère est aussi celui qui est connu pour avoir élevé la première église de Saint Sernin et y avoir transféré les ossements du saint. En ce qui concerne l’architecture intérieure de ce bâtiment, le peintre italien Ceroni réalise les peintures de la voûte du Chœur en 1838, et un orgue réalisé par la maison Puget et fils est installé en 1885 au-dessus de la tribune à l’entrée de l’église.                                          →



  Mémo+ : Les familles des Ceroni et des Pedoya sont des familles de peintres itinérants du XIXe siècle qui ont décoré de nombreuses églises à Toulouse et dans sa région avoisinante, notamment dans le département du Tarn. Considérés comme des «peintres barbouilleurs», leur travail a longtemps été déconsidéré, s’inspirant pourtant des peintures somptueuses et monumentales de la cathédrale d’Albi réalisées par des peintres italiens au XVIe siècle. Leurs œuvres sont maintenant reconsidérées, et cela notamment grâce au travail de recherche de Madame Sophie Duhem sur les Pedoya mené à l’Université Toulouse Jean Jaurès, et celui de Camille David dans son travail de master sur les Ceroni.

 

  Le Cyclope

  Ce géant de bronze de 4 mètres de haut, observe de son œil unique les allées Jules Guesde, masse imposante au milieu des passants. Cette œuvre de l’artiste britannique Thomas Housego, un artiste contemporain très en vogue, est implanté sur un socle monumental entre le théâtre Sorano et le Muséum d’Histoire Naturelle. Adepte des productions monumentales aux formes et aux postures inattendues, Housego crée des personnages puissants et expressifs qui dégagent une énergie primale, révélant leur texture et le processus créatif adopté. Cette œuvre initialement placée dans la cour de la DRAC pour le festival du printemps de septembre en 2011, il a été acheté par Tisséo pour agrémenter la ligne de Tram.

 

  Le Théâtre Sorano

  Ce bâtiment datant de 1837 construit par l’architecte Urbain Vitry dispose d’une entrée monumentale composée d’un portique en pierre qui se détache aujourd’hui de la façade en briques: à l’origine un enduit recouvrait l’édifice afin de l’uniformiser. En 1830 la municipalité décide d’établir l’Ecole de médecine dans l’ancien couvent des Carmes déchaussés: cet amphithéâtre sera le lieu de conférences et d’études de la faculté, puis deviendra quelques années après l’auditorium du Museum d’Histoire Naturelle. Le théâtre Sorano en lui-même est créé en 1964 par Maurice Sarrazin, en hommage à Daniel Sorano célèbre acteur toulousain. 



   Le Museum d’Histoire Naturelle de Toulouse

  Abritant une collection de plus de deux millions et demi de pièces sur une superficie de 6000 m2, c’est le deuxième plus grand de France après celui de Paris. En 1796 le naturaliste Philippe-Isidore Picot de Lapeyrouse obtient du département les anciens locaux des Carmes déchaussés. Il y installe le jardin botanique et les collections des sciences naturelles de l’Académie des Sciences, Inscription et Belle-Lettres. 1865 sonne la création du Muséum par Edouard Filhol qui en devient le premier directeur. Le Museum de Toulouse est notamment le premier à disposer d’une galerie de la Préhistoire, dites «galerie des cavernes», grâce entre-autre à Emile Cartailhac qui lègue son nom à la bibliothèque actuelle.

 

  Le Jardin des plantes

  Cet ancien jardin des plantes en conserve seulement le nom aujourd’hui. Il fait partie d’un ensemble de trois jardins, avec le Boulingrin et le Jardin royal. D’une superficie de 7 hectares, le jardin des plantes se transforme et devient jardin public après l’exposition internationale. Petite anecdote: le jardin accueille en son sein des animaux jusqu’en 1976. 

 

   L’ancienne faculté de médecine

   Toulouse était déjà une ville réputée pour ses écoles et son intellectualité sous les Romains dès le Ier siècle. Elle portait le nom de «Palladrienne», d’après la déesse Pallas, déesse des lettres et des arts. Le traité de Meaux édicté au XIIe siècle attribue à Toulouse un enseignement officiel de la médecine. Ainsi à partir de là se développe tout un enseignement de la médecine à Toulouse au fil des siècles et des contextes historico-politiques. C’est au XIXe siècle que la Faculté de Médecine et de Pharmacie émigre au sein du bâtiment des Allées Jules Guesde. Il est inauguré en 1891 par Jean Jaurès et Sadi Carnot, deux personnages prestigieux.

 

   Le quai des savoirs

  Ce bâtiment récemment remis à neuf est l’ancien bâtiment de la Faculté des Sciences. Réservoir d’activité multiformes, le quai des Savoirs dévoile les dernières avancées technologiques, auprès du public, y compris les plus jeunes. Ce lieu redonne vie au patrimoine scientifique et à l’ancien quartier des Sciences, en respectant le patrimoine bâti tout en affirmant l’intervention contemporaine. 

 

   Le Palais Niel

  Dans un tout autre registre ce magnifique palais construit entre 1863 et 1868 par le Maréchal Niel est une pépite du patrimoine bâti du XIXe siècle. Aujourd’hui quartier général du commandement de la 11e brigade parachutiste, il s’agit d’une des plus prestigieuses demeures construites à Toulouse au XIXe siècle. Sous le Second Empire il est décidé d’organiser les grands commandements et de placer à leur tête un grand maréchal de France. A Toulouse, c’est le chef de l’armée régionale du sud qui élit résidence. Au départ logé dans l’hôtel Duranti, ce bâtiment est très vite jugé insuffisant et le besoin d’une installation plus prestigieuse se fait ressentir. On fait donc construire un palais monumental, édifié selon diverses influences architecturales. Ce palais ne sera cependant jamais occupé par le Maréchal, puisqu’il devient entre temps Ministre de la Guerre.                         →

    Le Grand rond et ses statues

 Ce jardin appelé aussi Boulingrin, tire son nom de l’expression « bowling-green » en référence aux pelouses sur lesquelles les Toulousains venaient jouer au jeu de boules. Il est baptisé «grand rond» après une course hippique le 29 juillet 1830, mais a porté différente dénomination, comme celle de Cercle sans Culottides sous la Révolution française. Ce jardin mis en place entre 1752 et 1754 est issu d’un grand projet d’urbanisme lancé par Louis de Mondran dans les années 1750. Ce jardin est agrémenté de plusieurs statues, en général des copies, et une fontaine en son centre, dont les gerbes d’eau reproduisent celle du Palais royal à Paris. Les sculptures sont au nombre de cinq. Deux en particuliers ont retenu notre attention lors de la visite: il s’agit du groupe sculpté de la chienne et du loup.

  Ces deux statues qui se font face à l'entrée nord du Grand Rond datant du troisième quart du XIXe siècle. Cette chienne et ce loup réalisés par Pierre-Louis Rouillard sont acquis en 1865 pour agrémenter le jardin. Rouillard est un sculpteur connu pour avoir produit des œuvres animalières assez monumentales, et il a notamment été sculpteur pour le Museum d’Histoire Naturelle de Paris : cela fait écho bien entendu au Museum d’histoire Naturelle vers lequel on se dirige lorsque l’on traverse le Grand rond depuis l’entrée nord. La chienne accueille de manière menaçante le promeneur, gueule grande ouverte malgré le port d’un collier. Elle allaite ses petits, reliée à une chaîne ce qui renforce son aspect menaçant. Le loup quant à lui vient de lui enlever un de ses petits, il le retient avec sa patte et montre les babines à la chienne. Son poil est hérissé et ébouriffé. Selon la tradition toulousaine, certains disent qu’il s’agit là d’un symbole de la lutte de l’Alsace et la Lorraine contre l’ennemi représenté sous la forme du loup.

 

  Ce quartier de Palais de Justice se présente donc comme une sorte de stratification du patrimoine, avec une succession d’édifices de périodes et d’influences diverses. Bien que les bâtiments soient divers, avec fonctions variées et issu d’époques de construction différentes, on ressent tout de même une volonté d’harmonisation à travers une architecture de pierres blanches, bien souvent massive et puissante. Ce quartier est également un lieu d’importance, où s’articulent des édifices s’érigeant comme lieu de savoir et de pouvoir. C’est en effet le visage d’une ville riche et puissante qui est présenté dans ce quartier de Toulouse, tant en termes de richesse matérielle, qu’intellectuelle et politique. 



Article - Visite:

"Maison de Dieu, maison des hommes"

par Nicolas Coriggio

  En ce samedi matin d’automne Mirabili'art proposait une visite particulière du quartier Saint-Étienne et du jardin des Plantes autour du thème de l’interdépendance qui existait au moyen-âge entre l’habitat urbain civil et sacré. En effet si les fonctions des lieux différeraient, les solutions d’aménagement obéissaient à un vocabulaire architectural commun. Ainsi la cathédrale Saint-Étienne se voit dotée d’un clocher aux allures de donjon de château fort et les maisons du Toulouse médiévales se voient ajourées de baies directement inspirées par les remplages des églises.

  Durant notre parcours nous avons visité les endroits suivants:

- La fontaine de la place Saint-Étienne

- Les différentes parties intérieures et extérieures de la Cathédrale

- Le plafond peint de la 7 Place Saint-Étienne

- La maison romane de la rue croix Baragnon.

- Les ruines du «moulin» du château Narbonnais au jardin des plantes.

   La fontaine de la place Saint-Étienne: la vasque qui purifiait du péché transformée en abreuvoir.

  Les échanges architecturaux entre l’église et l’habitat urbain sont incessants tout au long du moyen-âge: commençons ici avec en guise d’exemple cette fontaine de la place Saint-Étienne. En effet celle-ci à la fin du XVIe siècle remployait la vasque de la fontaine du cloître de la cathédrale faite en marbre de Saint-Béat. L’eau sacrée des ablutions devient ainsi l’eau quotidienne de tout un chacun. A la fin du XVIe siècle cette fontaine comprenait une série de mannequin pisse qui urinaient une eau puisée depuis le parc du Caousou.

 

   La Cathédrale Saint-Étienne, une succession de chantiers:

 Avant de devenir une enclave ecclésiastique, il s’y trouvait dans l’antiquité un temple païen reconverti par la suite en un site paléochrétien où officiait certainement Saint-Sernin qui subit le martyre vers 250. Au tout début du moyen-âge, c’est une église jouxtée par une carrière d’argile. Au fil du temps le lieu va se développer.

  De la première église nous disposons de témoignages écrits et de rares fragments archéologiques: on sait qu’une église dédiée à Saint-Jacques jumelée à une église dédiée au martyr Étienne existait du temps de Charles le Chauve (il la mentionne dans une charte de l’an 844). Trois siècles après, à l'époque de la réforme grégorienne, en 1078, l'évêque Isarn reconstruisit une nouvelle église située sur l'emplacement de la nef actuelle. On lui doit ce texte moralisateur, qui évoque avant tout une ruine symbolique des lieux: «Il existe en effet dans cette cité, de par la volonté de Dieu, sans laquelle nulle feuille ne tombe de l’arbre, une église illustrée par les souvenirs du premier martyr Étienne, livrée par le mandat pastoral à ma faiblesse. Autrefois, embellie par l’éclat étincelant et varié des lambris et des murs, parée des ornements splendides de la mense du Seigneur, regorgeant de larges ressources fournies par ses domaines et des revenus abondants des cens, elle surpassait les églises voisines par la foule qu’elle attirait, si bien qu’elle était appelée comme d’un commun accord leur première mère et demeure. Mais aujourd’hui ô douleur à cause de l’incurie des défunts, elle a presque entièrement été dépouillée de la gloire d’une si éminente dignité; elle a été précipitée dans une misère si grande, et tellement privée de ses enfants qu’on déplore non seulement la ruine ancienne de la plus grande partie de ses murailles, mais aussi si je ne me trompe, que la pratique du culte divin soit sortie de la mémoire du clergé tout entier.» Texte rapporté par Quitterie Cazes dans son ouvrage Le quartier canonial de la Cathédrale Saint-Étienne de Toulouse. p.77         →


Il reconstruit donc une nouvelle église par dessus la première, on sait que cette église d’aspect romane avait deux tours à son entrée (un peu comme à Conques). On voit dans les arcades quelques restes de chapiteaux romans. Mais le chantier le plus impressionnant par sa richesse ornementale se trouve ailleurs: il s’agit du cloître. Il était connecté, selon le vœu d’Isarn, à divers bâtiments: c’est Le quartier canonial. Il se trouvait derrière le cloître, côté rue. Il y a avait là une salle capitulaire, un réfectoire, une cuisine, une boulangerie et un cellier. Ces bâtiments on été construits vers 1140. Au fur et à mesure le désir de confort gagne les hommes d’Église: en 1281 on ne dort plus ensemble dans les dortoirs mais dans des maisons individuelles.

Le cloître à proprement parler, a disparu, il se trouvait dans la cour qui jouxte la façade sud de la Cathédrale. Il a été démantelé au début du XIXe siècle, on peut néanmoins encore voir un certain nombre de chapiteaux historiés au Musée des Augustins.

 

  Les sculptures du cloître disparu: vers 1120-1140:

  On les doit à un certain Gilabertus. Son style se caractérise par une économie de mouvements, une grande attention est portée au vêtement finement ciselé. On remarque des similitudes avec les sculptures de l’atelier de Saint-Sernin. L’atelier de Gilabertus sculptera une danse de la Salomé très sensuelle. Au XIXe siècle l’église de Launaguet se dote d’un portail censé reproduire celui du cloître disparu.

 

 La nef Raymondine, l’œuvre d’un ancien troubadour:

 La cathédrale fut très largement reconstruite sous la direction de l’évêque Foulque. Cet ancien troubadour devenu cistercien avait trouvé à son arrivée à Toulouse, une situation spirituelle compliquée et des ressources matérielles totalement désorganisées. Il décide de détruire la partie romane, et d’ériger une nef dans le pur style gothique méridional. Elle est commencée vers 1206-1210 et terminée vers 1250. Son apparence austère peut s’expliquer par le passé de cistercien de Foulque.  

 

  La cathédrale de Bertrand de l’Isle Jourdain:

  A la fin du XIIIe siècle, on se lance dans le chantier pharaonique de la nouvelle cathédrale de Narbonne. C’est sous cette impulsion que l’évêque de Toulouse va dés 1275 élever un projet ambitieux d’édifice. Il tient à ce que le chœur soit bâti en pierre. Il commence par la «tête» de l’église, c’est un projet inachevé d’où l’aspect désaxé de la cathédrale. Il avait visiblement prévu de détruire la nef Raymondine. Si cette dernière était voûtée, la partie de Bertrand de l’Isle Jourdain était à découvert. On la recouvrit d’une toiture en bois provisoire qui prit feu en 1609.

 



  Les maisons Toulousaines du moyen-âge: inspirées par les décors du monde chrétien:

 

 Le plafond peint de la 7 place Saint-Étienne:

 Il s’agit d’un pastiche réalisé par la peintre Renée Aspe (1922-1969). L’artiste a reproduit le plafond du XVIIIe siècle de l’abbaye Notre Dame du Bout du Pont à La Bastide de Besplas (09). Ce genre de plafond par son vocabulaire iconographique (motifs végétaux, grotesques, angelots…) reprend celui qui avait cours durant tout le bas moyen-âge dans les maisons et châteaux du sud de la France.

 

 La maison romane de la rue Croix-Baragnon: un lieu aux fonctions séparées:

  Cette habitation du XIVe siècle est bâtie sur deux niveaux. Le premier était destiné à une fonction de négoce et le second était constitué des parties privatives. Il se peut que cette habitation soit une maison construite par des nobles qui louaient le rez-de-chaussée à des marchands (comme c’était le cas à Cordes-sur-Ciel). Au XIVe siècle Toulouse est une ville où se pratique le commerce des épices venues de Catalogne (safran, riz, coton), du blé venu de Sicile, du poisson salé venu du nord de l’Europe. Toulouse quand à elle produit du vin et de l’huile de noix (voir à ce sujet les travaux de Philippe Wolff).

  Coté décor, la frise de la façade reprend des thèmes communs avec les ornements prisés par les hommes d’église. On retrouve notamment ici sculptée une scène de chasse. Ce thème quasi-guerrier, sera repris à Avignon par les hommes d’église (voir notamment les fresques dans l'ancienne livrée de Viviers réalisées vers 1340).                                                                                  →


    Le château narbonnais:

 Dans le jardin des plantes se trouve un vestige des dépendances du château construit au XIIe siècle par le comte de Toulouse. Ce château se trouvait sur l’actuel palais de Justice.

Les vestiges exposés dans ce parc montrent deux belles baies à arcs outrepassés. Le château a utilisé en remploi un bel arc de l’époque gallo-romaine qui est représenté sur une gravure de 1556.

   En novembre 1298 sur ordre de Philippe le Bel on demande à un certain Jean de Mantes de construire une salle neuve (aula nauva). Pour le roi cette salle devait servir aux audiences des nouvelles chambres judiciaires. Lorsque le roi vient à Toulouse en 1304 la salle est inachevée. Le monarque se retrouve contraint de livrer justice dans un bâtiment provisoire en charpente dressé sur la place Saint-Étienne.

  Très abîmé, le château est détruit au XVIe siècle.

 

  Ordre de démolition du château par le roi Henri II:

 «Après avoir été averti de la ruine en laquelle était le palais de notre ville de Toulouse, désirant obvier à l’entière démolition d’icelui qui se trouve tant vieil et caduc, qu’il ne s’en attend d’heure à autre qu’une prochaine ruine, de sorte qu’il faut entièrement démolir l’édifice pour réédifier tout à neuf….»




     

  Le parcours menait les participants de lieux iconiques en lieux iconiques : la majestueuse basilique romane de Saint-Sernin, dont le chantier est inauguré au XIè siècle, le plus vaste édifice du genre en Europe, invitait à la découverte du monde médiéval. Venait ensuite le parcours pédestre des rues et passages de la ville, où se tiennent de nombreux trésors. Tour Maurand, Ancien collège de l'Esquile, Notre Dame du Taur... 

Un détail d'importance ! La visite s'est effectuée dans son intégralité en langue anglaise. Nos guides se sont donc adaptés à un public international, et le patrimoine toulousain s'est vu décrire en des termes peu habituels. Nous avons été ravis de cette démarche, et nous avons on ne peut plus efficacement, valoriser la recherche en histoire et en histoire de l'art, ainsi que la ville de Toulouse. Le parcours s'est poursuivi par la découverte par le groupe de visiteurs du Capitole. Porte nord de la ville à l'époque antique, incarnation de la puissance politique des Capitouls pour des siècles durant, tout fût dévoilé aux yeux des visiteurs. Les participants ont ainsi profité du monument emblématique de la ville, avant de se diriger dans la rue Saint-Rome, non sans pouvoir y admirer la Tour de Serta ou l'hôtel de Pierre Commère.

 Article - Visite:

"Le patrimoine toulousain, parcours urbain, retour sur un événement exceptionnel"

 

  Ce 27 juin 2018, l'association Mirabili'art réalisait une visite exceptionnelle pour le C.N.R.S, une collaboration qui a nécessité la mobilisation de plus de 10 membres et guides de l'association. Retour sur une visite de la Ville Rose et de ses lieux de références, et sur l'échange entre deux communautés scientifiques, celle des sciences dures et celle des sciences humaines. En effet, les participants avaient assisté à un colloque international réunissant les principaux champs disciplinaires des sciences dures. Il s'est donc agi de proposer un parcours que tous apprécieraient, sans tomber dans les vices de la délectation artistique pure ou de l'analyse d'histoire de l'art trop avancée. Une rencontre où nous nous sommes confrontés au discours adopté par notre discipline, ainsi qu'aux réactions que la médiation culturelle suscite. En somme, un échange riche d'enseignement, qui nous a permis de nous situer par rapport à nos actions et celles menées par les organismes de la culture au quotidien.  


     Cette collaboration avec l'organisme du C.N.R.S était à plus d'un titre inédite. Il s'agit même de la première visite réalisée pour un organisme et des participants extérieurs à l'Université Toulouse Jean Jaurès. Cette rencontre nourrissait l'ambition de décloisonner les mondes scientifiques et d'entretenir des liens comme ceux-ci, afin de toujours mener à bien notre mission de découverte, d'émerveillement et de réunion de tous devant un passé qui vit encore parmi nous, et qu'il est important de faire continuer à vivre. Avançant dans la ville, nous nous sommes approchés de l'eau, de la Garonne, qui a impacté la vie toulousaine en de nombreuses occasions. La découverte de l'Hotel d'Assézat, joyaux de l'architecture du XVIè siècle et des quais ont ravi nos visiteurs qui ne s'attendaient peut être pas à ce panoramique incroyable sur le dôme de la Grave surmontant le fleuve. De retour sur le lieu de rendez-vous, au Capitole, nous avons remercié et nous remercions encore les organisateurs de cette visite particulière. Nous envisageons à l'avenir de réaliser des visites pour d'autres organismes qui demanderaient nos services, et continuer ainsi les missions culturelles que nous nous sommes fixées et qui nous tiennent à cœur. A bientôt ! 




 Rodez:

passée, présente, et surtout créatrice  

 

Le samedi 30 juin avait lieu la Journée de visites de l'Association à Rodez ! Cette année, nous avons mis le sens du partage au cœur de nos démarches, et nous n'allions pas garder pour nous les multiples trésors que nous avons rencontré durant cette escapade !

Et ça ne s'arrêtera pas là ! Pour cause, nous aurons rapidement l'occasion de vous communiquer de nouveaux événements autour de cette belle idée du partage, si inhérente au monde de la culture !

En attendant, nous vous permettons ici de retrouver notre album photo, consacré à la découverte d'une ville à la fois attachée à un passé lointain et prestigieux et à la création d'un grand nom de l'art contemporain du XXème siècle. 

Bonne visite ! 

 

Une cathédrale gothique et ses expérimentations Renaissance 

Présentée par Ariane Dor (Conservatrice du Patrimoine - DRAC)

Le Musée Soulages, un noir intemporel

Présentée par Audrey Palacin, étudiante en Histoire de l'art et membre de l'Association. 

Les hôtels particuliers de Rodez, à la recherche du grandiose

Présentée par Diane Joy, Chef de projet patrimoine de la ville de Rodez.


Article - Visite:

"Églises et catastrophes: des paroisses toulousaines mises à rude épreuve ! "

par Emeric Rigault et Oriane Pilloix

 

Qu’elles soient naturelles ou humaines, des catastrophes ont souvent malmené les édifices toulousains du centre historique et leurs usagers. Ainsi, jusqu’au siècle dernier, les paroissiens de l’église Notre-Dame de la Dalbade (XVe -XVIe siècles) pouvaient se targuer de posséder le plus haut clocher de la ville rose (81 m), fièrement dressé au-dessus des hôtels particuliers des parlementaires et des boutiques d’artisans du quartier des Carmes. Ce clocher, édifié au XVIe siècle par l’atelier du célèbre Nicolas Bachelier, ne put résister longtemps au poids de la nouvelle flèche ajoutée en 1881 et finit par s’effondrer sur lui-même avec grand fracas, dans la nuit du 11 avril 1926. Restauré suite à la catastrophe, l’intérieur de l’église, assez austère, présente toutes les caractéristiques de ce que l’on nomme le « style gothique méridional » : simplicité du plan et des volumes, parcimonie de la sculpture et importance de la muralité. Parmi les quelques éléments de mobilier conservés se distingue, entre autres, le crucifix de l’ancien oratoire de la place du Salin (XVe siècle), dont les miracles présupposés étaient si nombreux qu’ils en occasionnèrent débordements publics et querelles de clochers ! 


Le développement de ce quartier hospitalier fut d’ailleurs autant lié aux activités de la rive droite qu’aux crues dévastatrices et répétitives de la Garonne. Celle considérée comme la plus grave de mémoire récente, du 23 au 25 juin 1875, causa plus de 200 morts et ravagea le faubourg : 1400 maisons furent détruites, les grilles de la place intérieure Saint-Cyprien furent arrachées et le niveau de l’eau dépassa même les neuf mètres de hauteur à l’intérieur de l’église Saint-Nicolas, soit la moitié de la nef. Cet édifice (XIVe -XVIe siècles), méconnu mais comparable à la Dalbade par son architecture de la fin du Moyen Âge et par sa dépendance à la Daurade, abrite notamment un cycle récemment restauré du peintre académique Bernard Bénezet (1891-1892), dédié au saint patron de l’église et des bateliers. On en oublierait presque que son portail, sans doute sculpté à la fin du XVe siècle par l’atelier de Pierre Viguier et autrefois précédé d’un curieux porche à « momies » (c’est-à-dire une allée de cadavres embaumés…), ne fut pas détérioré par la violence des inondations, mais par la maladresse d’enfants du quartier jouant au football ! Édifices fonctionnels et prestigieux, les églises et les ponts que les ecclésiastiques et les Capitouls firent construire dans le centre de Toulouse répondirent à des ambitions et à des programmes. Ils durent néanmoins s’adapter à des catastrophes naturelles et à des défis techniques insoupçonnés, nous offrant aujourd’hui un aspect plus récent et remanié qu’on ne le croit souvent.

Puissant prieuré de l’abbaye de Moissac implanté en bord de Garonne, l’église Sainte-Marie-la Daurade fut entièrement rebâtie à partir de la fin du XVIIIe siècle afin d’éviter, de justesse, l’effondrement de son lourd dôme moderne. Une situation d’autant plus ironique que l’objet le plus précieux conservé dans la basilique, la fameuse Vierge Noire, elle aussi miraculeuse, fut régulièrement invoquée et portée en procession sous l’Ancien Régime afin de protéger la ville contre le mauvais sort et les catastrophes : incendies, crues, sécheresses, etc. Les prieurs de la Daurade furent également à l’origine de la création d’un pont habité médiéval sur la Garonne, vite endommagé par les inondations et bientôt remplacé par l’emblématique Pont-Neuf, dont la construction laborieuse s’échelonna de 1544 à 1632. Malgré les difficultés techniques d’une telle entreprise, similaire à celle du Pont-Neuf de Paris, et les changements de parti, le déroulé du chantier témoigna de l’inventivité des architectes municipaux puis royaux, et apporta un second souffle au faubourg Saint-Cyprien.




 Bienvenue dans la nouvelle rubrique "Articles" !

 

Que trouverez-vous ici ? Le récit de notre patrimoine, au gré des découvertes culturelles que Mirabili'art propose : en effet, chaque visite sera désormais suivie par la publication d'un petit article illustré publié sur cette page. Nous vous invitons de cette façon à découvrir notre programmation, et surtout, à vous immerger dans l'art et l'histoire de la Ville Rose, de ces lieux incontournables à ces trésors cachés. 

 

Et pour participer (aussi!) en personne à nos futurs événements, consultez la rubrique "Nos visites guidées" ou rejoignez nos adhérents et recevez la newsletter de l'association.

Bonne lecture et à très bientôt ! 

L'équipe Mirabili'art.