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" Églises et catastrophes : des paroisses toulousaines mises à rude épreuve ! "

Par Emeric Rigault et Oriane Pilloix

 

Qu’elles soient naturelles ou humaines, des catastrophes ont souvent malmené les édifices toulousains du centre historique et leurs usagers. Ainsi, jusqu’au siècle dernier, les paroissiens de l’église Notre-Dame de la Dalbade (XVe -XVIe siècles) pouvaient se targuer de posséder le plus haut clocher de la ville rose (81 m), fièrement dressé au-dessus des hôtels particuliers des parlementaires et des boutiques d’artisans du quartier des Carmes. Ce clocher, édifié au XVIe siècle par l’atelier du célèbre Nicolas Bachelier, ne put résister longtemps au poids de la nouvelle flèche ajoutée en 1881 et finit par s’effondrer sur lui-même avec grand fracas, dans la nuit du 11 avril 1926. Restauré suite à la catastrophe, l’intérieur de l’église, assez austère, présente toutes les caractéristiques de ce que l’on nomme le « style gothique méridional » : simplicité du plan et des volumes, parcimonie de la sculpture et importance de la muralité. Parmi les quelques éléments de mobilier conservés se distingue, entre autres, le crucifix de l’ancien oratoire de la place du Salin (XVe siècle), dont les miracles présupposés étaient si nombreux qu’ils en occasionnèrent débordements publics et querelles de clochers ! 


Le développement de ce quartier hospitalier fut d’ailleurs autant lié aux activités de la rive droite qu’aux crues dévastatrices et répétitives de la Garonne. Celle considérée comme la plus grave de mémoire récente, du 23 au 25 juin 1875, causa plus de 200 morts et ravagea le faubourg : 1400 maisons furent détruites, les grilles de la place intérieure Saint-Cyprien furent arrachées et le niveau de l’eau dépassa même les neuf mètres de hauteur à l’intérieur de l’église Saint-Nicolas, soit la moitié de la nef. Cet édifice (XIVe -XVIe siècles), méconnu mais comparable à la Dalbade par son architecture de la fin du Moyen Âge et par sa dépendance à la Daurade, abrite notamment un cycle récemment restauré du peintre académique Bernard Bénezet (1891-1892), dédié au saint patron de l’église et des bateliers. On en oublierait presque que son portail, sans doute sculpté à la fin du XVe siècle par l’atelier de Pierre Viguier et autrefois précédé d’un curieux porche à « momies » (c’est-à-dire une allée de cadavres embaumés…), ne fut pas détérioré par la violence des inondations, mais par la maladresse d’enfants du quartier jouant au football ! Édifices fonctionnels et prestigieux, les églises et les ponts que les ecclésiastiques et les Capitouls firent construire dans le centre de Toulouse répondirent à des ambitions et à des programmes. Ils durent néanmoins s’adapter à des catastrophes naturelles et à des défis techniques insoupçonnés, nous offrant aujourd’hui un aspect plus récent et remanié qu’on ne le croit souvent.

Puissant prieuré de l’abbaye de Moissac implanté en bord de Garonne, l’église Sainte-Marie-la Daurade fut entièrement rebâtie à partir de la fin du XVIIIe siècle afin d’éviter, de justesse, l’effondrement de son lourd dôme moderne. Une situation d’autant plus ironique que l’objet le plus précieux conservé dans la basilique, la fameuse Vierge Noire, elle aussi miraculeuse, fut régulièrement invoquée et portée en procession sous l’Ancien Régime afin de protéger la ville contre le mauvais sort et les catastrophes : incendies, crues, sécheresses, etc. Les prieurs de la Daurade furent également à l’origine de la création d’un pont habité médiéval sur la Garonne, vite endommagé par les inondations et bientôt remplacé par l’emblématique Pont-Neuf, dont la construction laborieuse s’échelonna de 1544 à 1632. Malgré les difficultés techniques d’une telle entreprise, similaire à celle du Pont-Neuf de Paris, et les changements de parti, le déroulé du chantier témoigna de l’inventivité des architectes municipaux puis royaux, et apporta un second souffle au faubourg Saint-Cyprien.




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